Une Introduction Révélatrice
Lisant l’introduction à la De la Démocratie en Amérique je soupçonne que de Tocqueville s’ait rendu compte de la situation sociale et politique européenne qui amenait le continent vers la débâcle. En contraste, les Etats-Unis, malgré ses imperfections et ses ennuis, paraîtrait signaler le futur du “Monde Chrétien”. Il aurait dû être dur pour un jeune aristocrate français observer la puissance croissante d’une république expérimentale—un peuple parvenu—qui pourrait un jour menacer les anciens empires de l’Europe. Si de Tocqueville admirait les Américains, il les craignait aussi, même s’il ne l’en dit pas. Alors, on doit remarquer que cette crainte a des racines dans la faiblesse française, résultat d’une révolution mal dirigée, sanglante et tragique et de la chute de l’empire qui l’a suivi.
De Tocqueville parle de l’enrichissement des pauvres comme produit des vices des riches. Mais ce n’est pas seulement un développement français. La bourgeoisie, qui siècle par siècle prenait plus en plus de pouvoir depuis le Moyen Âge, formera avec le prolétariat industriel la force motrice du dix-neuvième siècle même si la noblesse ne l’accepte pas. L’ancien régime ne sera pas encore enterré, mais il est mort néanmoins. Pour les Américains, soient-ils capitalistes ou ouvriers, la mobilité sociale deviendra la religion nationale—une foi aussi forte que la croyance dans un Dieu qui avait béni les Etats-Unis comme sa terre sacrée. La mythologie de l’égalité américaine est suffisamment réelle pour plusieurs immigrants et entrepreneurs ambitieux. Qu’elle n’en existe pas pour les noirs ou les femmes n’est qu’un détail injuste et triste qu’on doit accepter dans le contexte des temps. L’histoire n’a rien à faire avec les sentiments ou même les moeurs des ceux qui la lisent.
Mais d'où vient cette égalité ? C’est Dieu qui l’envoie à travers de la “loi naturelle”. Donc, les idées des lumières anglaises est écossaises, surtout celles de Locke, se rencontrent dans une philosophie politique américaine qui est religieusement pré humaniste et au même temps complètement moderne et progressiste. De Tocqueville, admirateur de la démocratie et catholique croyant, trouve aux Etats-Unis un exemple imparfait de cela qui pourrait être possible en France. C’est-à-dire, un retour aux meilleures valeurs chrétiennes d’avant la révolution en combinaison avec une base politique proche à celle des Américains. Il n’importe pas que la structure de l'église soit strictement hiérarchique, elle avait donné des opportunités aux pauvres qui, grâce à leur éducation de clerc, ont pu achever une “égalité” presque impossible avant l’arrivée des reformes allemandes, anglaises et françaises de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle. Bien qu’il n’inclus pas les juifs ou les musulmans dans son idée d’un Monde Chrétien, ce n’est qu’une réflexion de son expérience avec l’histoire européenne et surtout française. Il regarde l’Eglise Catholique du Moyen Âge comme un frein contre le pouvoir des nobles, et il trouve parmi les Américains la même idée réincarnée dans la loi naturelle d’une société protestante avec une base calviniste assez forte. Je voudrais savoir si, dans le reste du livre, il découvre le conflit inévitable entre la foi et la raison qui s’exprime dans la politique américaine du vingt et unième siècle.
mercredi 12 septembre 2007
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